skip to Main Content
Qui Sont Ces étudiants Chinois Qui Partent étudier à L’étranger ?

Qui sont ces étudiants chinois qui partent étudier à l’étranger ?

D’année en année, le nombre d’étudiants chinois partant étudier à l’étranger ne fait qu’augmenter. Entre 2008 et 2018, ce nombre a plus que triplé, passant de 179 800 à 662 100. Cette croissance rapide est surtout remarquée depuis les Jeux Olympiques organisés à Pékin en 2008 et démontre ainsi une forte tendance à l’expatriation chez les étudiants.

Nombre d'étudiants chinois partis étudier à l'étranger de 2008 à 2018
Nombre d’étudiants chinois partis étudier à l’étranger de 2008 à 2018, Statista

Les experts dans le domaine de l’enseignement à l’international estiment même entre 700 000 et 800 000 le nombre d’étudiants chinois qui étudieront à l’étranger dans les années à venir.

Cependant, l’arrivée soudaine de la pandémie du coronavirus pourrait bien bouleverser leurs plans initiaux.

Quels profils ont ces étudiants et quelles sont leurs motivations pour aller étudier à l’étranger ? Comment envisagent-ils leur avenir universitaire suite à la pandémie ?

Les études à l’étranger : une expérience ultime à valoriser ?

· La dure compétition dans le milieu scolaire

En Chine, les universités les plus reconnues sont publiques et sont soutenues par le gouvernement. Bien que le nombre d’établissements d’enseignement supérieur et d’étudiants inscrits dans des universités en Chine ait considérablement augmenté ces dernières années, les voies d’accès à de bonnes universités sont encore limitées.

Pour la plupart des gens, l’examen national appelé gaokao(高考)reste le seul moyen d’entrer dans une bonne université. Les choix d’études supérieurs sont déterminés par les résultats du gaokao : un score élevé permettra à l’étudiant d’intégrer le top des meilleurs établissements dans sa province, voire dans tout le pays, alors qu’un score trop bas signifie souvent l’impossibilité de poursuivre ses études, ou alors l’obligation de s’inscrire dans une école privée souvent coûteuse.

Le système du gaokao fait l’objet de nombreuses critiques. Outre la pression énorme qu’il impose aux lycéens (et indirectement à leurs familles), on reproche également l’inégalité des quotas d’admission entre les provinces. Il est en effet plus facile pour un lycéen originaire de Pékin d’intégrer l’enseignement supérieur dans cette ville car le score requis aux natifs de cette ville est souvent plus bas que celui requis pour le candidat originaire d’une province moins importante, comme par exemple le Zhejiang.

En 2019, Tsinghua University, Peking University, Zhejiang University, Shanghai Jiaotong University et Fudan University figuraient dans le top 5 des meilleures universités chinoises.

Classement des meilleures universités chinoises dans le monde en 2019
Classement des meilleures universités chinoises dans le monde en 2019, Shanghai Ranking

C’est pourquoi afin d’éviter toute cette pression scolaire, certains étudiants font le choix d’étudier à l’étranger, espérant être admis dans une université bien classée.

Pour certains programmes d’études, les établissements étrangers sont mieux équipés et peuvent offrir un environnement universitaire plus international. De plus, les personnes qui ont étudié à l’étranger sont considérées comme ayant une vision globale et de meilleures compétences linguistiques, ce qui les rend plus compétitives sur le marché du recrutement chinois.

Ils étaient d’ailleurs 662 100 étudiants chinois en 2018 à partir à l’étranger, soit 11,74 % de plus par rapport à l’année précédente, faisant de la Chine le pays avec le plus grand nombre d’étudiants à l’étranger.

· Les destinations les plus privilégiées

Les destinations préférées des étudiants chinois pour étudier à l'étranger en 2015 et 2019
Les destinations préférées des étudiants chinois pour étudier à l’étranger en 2015 et 2019, Statista

Selon une enquête pédagogique menée en janvier et février 2019 par Statista, les pays et régions développés sont les destinations les plus populaires chez les étudiants chinois.

En Chine, les programmes d’échange en partenariat avec des universités à l’étranger sont de plus en plus nombreux et une expatriation ne peut être que bénéfique pour ces étudiants chinois qui sont en quête de développement personnel et professionnel.

Les États-Unis et le Royaume-Uni sont les deux destinations les plus privilégiées par les étudiants et leurs parents pour les études à l’étranger.

La Chine reste actuellement le plus grand expéditeur d’étudiants internationaux dans les établissements américains, même si les États-Unis ont perdu de leur attrait au cours des cinq dernières années.

Comparé aux États-Unis, envisager ses études en Angleterre semble plus abordable pour certaines familles, d’autant plus que la compétition d’admission y est moins rude. D’ailleurs, le nombre d’étudiants chinois dans les universités anglaises a grimpé en flèche, augmentant de 34% au cours des cinq dernières années. Les 120 000 étudiants chinois sont une source importante de revenus pour les universités car les étudiants internationaux paient des frais deux à trois fois plus élevés que les étudiants anglais.

Après les destinations anglophones, le choix des étudiants chinois se tourne vers l’Europe (Allemagne, France) et plusieurs destinations en Asie (Hong Kong, Japon, Singapour).

Au fil des années, il est évident qu’attirer les étudiants à venir étudier dans son pays est devenu un marché, et la concurrence au niveau mondial se corse pour les étudiants internationaux. Des pays tels que le Canada, l’Allemagne et l’Australie proposent par exemple de faciliter le séjour des étudiants étrangers dans le pays après l’obtention de leur diplôme et par conséquent faciliter leur intégration dans la vie active du pays.

Un autre facteur déterminant est le niveau de réputation de l’université, qui assure l’employabilité des étudiants dans le futur, en particulier pour ceux qui souhaitent retourner en Chine pour travailler. En effet, la reconnaissance et le prestige sont des critères essentiels pour les parents et les élèves.

Aux États-Unis, les étudiants chinois vont candidater en priorité dans les grandes universités telles que Columbia University (4 921 étudiants chinois en 2017), New York University (6 517 étudiants chinois en 2016) ou University of Southern California (5 447 étudiants chinois en 2017).

En Angleterre, ils sont nombreux à candidater à University of Liverpool (environ 3200 étudiants chinois inscrits chaque année), qui est d’ailleurs en partenariat avec l’Université Jiaotong de Xian. Ils sont nombreux aussi à s’inscrire à University of Manchester (environ 3100 étudiants chinois inscrits chaque année) et University of Nottingham (environ 2800 étudiants chinois inscrits chaque année).

En Australie, ils candidatent principalement à University of Sydney (17 000 étudiants chinois en 2019), University of Melbourne et Monash University.

Coûts annuels pour des études à l’étranger
Coûts annuels pour des études à l’étranger, HSBC

Quant à la France, les partenariats entre universités françaises et écoles de commerce avec les universités chinoises permettent d’attirer des étudiants chinois. Ces derniers forment la deuxième communauté des étudiants étrangers en France derrière les Marocains. De plus, la renommée des universités françaises suffisent à témoigner de leur prestige. Les universités de Paris possèdent une très bonne renommée de par leur existence historique retraçable jusqu’au XIIIème siècle et leur apparition dans plusieurs classements internationaux.

Cependant, les écoles privées rivalisent avec les universités en créant des cursus spécialisés pour les étudiants chinois ou en ayant des campus situés en Chine. C’est le cas de Kedge Business School, école de commerce et de management, partageant ses campus en France, en Corse, au Sénégal et en Chine (Shanghai et Suzhou). A travers ses partenariats avec les universités Jiaotong University à Shanghai et Renmin University à Suzhou, Kedge Business School est en mesure de proposer de nouvelles formations en commerce spécialisé dans les industries culturelles et créatives et offrir des doubles diplômes (grade français et chinois de licence et de master).

Parmi les filières les plus demandées par les étudiants chinois à l’étranger, on retrouve dans un premier temps l’ingénierie, l’informatique, la gestion d’entreprise, le commerce et la finance, qui répondent à une demande accrue de professionnels dans ces domaines suite au développement de la Chine. Dans un second temps, les langues étrangères, la littérature et les sciences sociales sont des domaines qui attirent les étudiants, exprimant leur intérêt personnel pour ces domaines.

Quelle préparation pour l’expatriation ?

· Le processus pour étudier à l’étranger

Que ce soit directement après le lycée, pour des séjours linguistiques durant l’été, pour un échange universitaire durant six mois, pour la poursuite d’un doctorat ou pour un stage professionnel, les étudiants chinois s’expatrient à différents moments de leur parcours scolaire.

Ces étudiants font souvent appel à des agences spécialisées dans l’éducation à l’étranger qui leur offrent des services dédiés comme l’aide à la recherche d’un logement, les démarches administratives pour le visa, la préparation aux tests de langues, etc. L’agence New Oriental Education & Technology, cotée en bourse à New-York, est la plus connue dans le domaine des services éducatifs et elle est actuellement la plus grande entreprise d’enseignement privé en Chine.

D’autres étudiants choisissent leurs destinations par affinités et selon la présence de membres de la famille et amis qui y résident déjà. Les étudiants vont aussi être influencés par les recommandations d’anciens étudiants faisant partie de leur réseau universitaire Alumni et par des ambassadeurs d’écoles.

Les certificats de langues font partie des critères fondamentaux à remplir afin d’intégrer des universités à l’étranger. Ainsi, intégrer les universités anglophones exige un bon score aux tests IELTS (International English Language Testing System) qui est le test de compétence en anglais le plus populaire au monde et surtout requis pour les universités britanniques et australiennes, TOEFL (Test Of English as a Foreign Language) qui est aussi un test de compétence en anglais et surtout demandé pour les universités américaines et canadiennes, et GMAT (Graduate Management Admission Test) qui est un autre test mesurant l’aptitude du candidat à raisonner en anglais, souvent requis pour l’entrée aux écoles de commerce pour le diplôme du MBA (Master of Business Administration).

En France, les universités demandent aux étudiants étrangers le certificat DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française) ou le DELF (Diplôme d’Études en Langue Française), puisque ce sont les seuls diplômes de français en langue étrangère délivrés par le Ministère français de l’Éducation Nationale. Ils bénéficient d’une reconnaissance internationale et constituent une reconnaissance du parcours universitaire et professionnel en langue française dans un pays francophone.

Ci-dessous le portrait de Jing Jing, expatriée en Angleterre : 

Jing Jing, étudiante chinoise expatriée en Angleterre
Jing Jing, étudiante chinoise expatriée en Angleterre
  • Séjour universitaire : 1 an à Manchester
  • Études : Master International Fashion Retailing à University of Manchester
  • Ce qu’elle aime en Angleterre : richesse culturelle, rencontrer des personnes aux parcours différents
  • Travaille maintenant à Londres dans une agence anglaise de mode

Ci-dessous, le portrait des étudiantes de la chaîne « AJ Vlog », expatriées en Australie :

Deux étudiantes chinoises expatriées en Australie
Deux étudiantes chinoises expatriées en Australie
  • Séjour universitaire : 2 ans à Melbourne
  • Études : Master IT à Monash University
  • Ce qu’elles aiment en Australie : l’environnement moins pollué qu’en Chine, la nature, l’amabilité des habitants, moins de stress au travail
  • Travaillent maintenant à Sydney mais envisagent de retourner en Chine dans le futur

· Les séjours à l’étranger ne sont plus réservés qu’à l’élite

Les facteurs socioculturels tels que l’expérience d’une autre culture et l’acquisition d’une perspective globale jouent un rôle important. En outre, les couches sociales défavorisées se dissuadent d’envoyer leurs enfants à l’étranger en raison du coût élevé des études, tandis que les couches sociales favorisées vont privilégier pour leurs enfants une éducation à l’étranger, synonyme d’éducation de qualité à leurs yeux.

Il est important de noter que les étudiants dont les parents ont fait de longues études sont plus susceptibles d’étudier à l’étranger par rapport à d’autres étudiants.

Cependant, les pays non anglophones où les universités qui facturent moins en frais de scolarité deviennent de plus en plus populaires. Alors que la plupart des étudiants chinois partaient à l’étranger grâce au soutien de leurs parents, le nombre d’étudiants boursiers d’État augmente au fil des ans.

L’économie en plein essor a permis à davantage de parents et d’étudiants de faire face à ces coûts élevés, permettant à davantage d’étudiants chinois de partir à l’étranger. Ainsi, avec la croissance économique de la Chine et l’augmentation des revenus, les études à l’étranger ne sont plus uniquement réservées qu’à l’élite. On constate par conséquent l’émergence d’étudiants provenant de classes moyennes.

· Quel futur après l’obtention du diplôme ?

« Il est devenu de plus en plus difficile de rester aux États-Unis après l’obtention du diplôme. Donc, je prévois de retourner en Chine lorsque j’aurai mon diplôme, et en général, les entreprises chinoises préfèrent les étudiants diplômés des meilleures universités américaines, car ce sont des écoles reconnues à l’international », a déclaré Olivia Ma, une étudiante de premier cycle à l’Université de Pékin qui a postulé pour des études supérieures aux États-Unis pour l’inscription à l’automne 2018.

Malgré une expérience à l’étranger, nombreux sont les étudiants à retourner en Chine afin de débuter leur carrière professionnelle. La proportion de personnes qui sont revenues presque directement après l’obtention du diplôme était d’environ 80% en 2018, soit 519 400 étudiants, une augmentation de 8% par rapport à 2017, selon le Ministère de l’Éducation. Les rapatriés sont considérés comme de plus en plus dotés des compétences nécessaires pour soutenir le développement économique et la modernisation industrielle de la Chine et, à ce titre, ils sont devenus un pilier important de la main-d’œuvre nationale.

Les études à l’étranger des étudiants chinois : financements personnels et retours
Les études à l’étranger des étudiants chinois : financements personnels et retours, China Daily

Au cours de la dernière décennie, plus de 180 000 jeunes Chinois originaires de régions extérieures à Shanghai qui sont allés à l’étranger pour étudier ont choisi de travailler ou de créer leurs entreprises à Shanghai après l’obtention de leur diplôme.

L’âge moyen de ces étudiants revenant de l’étranger est de 27 ans, et les entrepreneurs parmi eux ont créé plus de 5 300 startups avec un capital social total dépassant 800 millions de dollars.

Shanghai n’est pas une destination choisie au hasard. Hormis le fait qu’elle compte parmi les plus grandes mégapoles au monde, elle abrite aussi le siège régional de nombreuses sociétés multinationales, des centres internationaux de recherche et développement, des institutions influentes de l’enseignement supérieur et des ressources de santé publique, attirant de nombreux jeunes talents possédant une vision internationale et maîtrisant couramment des langues étrangères.

Quel avenir pour l’éducation à l’international après le Covid-19 ?

· Les universités restent en contact avec les étudiants sur les réseaux sociaux

L’apparition du Covid-19 n’a pas épargné le secteur de l’éducation, domaine le plus touché en Chine, obligeant de nombreux établissements scolaires à fermer leurs portes et à fournir des cours à distance.

Malgré la pandémie, les réseaux sociaux ont permis de maintenir un lien entre les étudiants et les universités puisque ces dernières ont utilisé Bilibili, réseau social chinois où l’apprentissage est l’une des catégories phares. Chaque jour, des milliers d’utilisateurs y suivaient des cours en ligne et participaient à des webinaires.

Plus de 200 universités chinoises ont leur compte officiel sur Bilibili sur lequel elles promeuvent de manière informelle des vidéos de recrutement, des visites de campus et des cours en ligne. Pour attirer la génération Z, de nombreuses vidéos telles que les vlogs et les petites vidéos humoristiques sont produites par les étudiants eux-mêmes.

En 2019, juste avant l’examen du gaokao au mois de juin, Bilibili avait lancé une série d’événements et une page intitulée « Gaokao Wishing », sur laquelle 5 millions d’utilisateurs ont fait des vœux par ordre de préférence. Avec 14 universités, Bilibili a également organisé un webinaire de recrutement en direct et a reçu plus de 2 millions de vues.

Cérémonie de remise des diplômes de l’Université de Wuhan post-confinement en live streaming sur Bilibili le 20 juin 2020 et diffusée à la télé
Cérémonie de remise des diplômes de l’Université de Wuhan post-confinement en live streaming sur Bilibili le 20 juin 2020 et diffusée à la télé

Dans le contexte économique chinois, la formation des talents est un atout majeur pour le développement du pays qui suit le plan « Made in China 2025 », conçu pour soutenir la transformation et la mise à niveau de l’industrie manufacturière, et faire passer la Chine du statut « d’usine du monde » à celui de « grande puissance industrielle ». En Chine, l’éducation représente donc le premier poste de dépense des familles. Par conséquent, la qualité de l’éducation fait partie des principaux critères d’embauche.

Cependant, avec les restrictions de voyage qui ne favorisent pas les échanges à l’étranger, il est difficile de savoir exactement quelles sont les répercussions sur ces échanges académiques. En effet, face à la situation actuelle où les pays les plus touchés sont les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et Singapour, certains étudiants se sont résignés à abandonner leurs projets d’études à l’étranger pour finalement rester en Chine.

Les 27 pays membres de l’Union Européenne se sont entendus pour rouvrir leurs frontières extérieures et celles de l’espace Schengen aux voyageurs de 15 pays à partir du 1er juillet, mais chaque pays demeure toutefois maître de ses frontières.

Quant à la Chine, l’Union Européenne pourrait accorder l’accès à ses visiteurs à condition que Pékin accepte une réciprocité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top
ICI CONSULTING